En bref. Une carte de restaurant suisse doit afficher des prix en francs, TVA et service compris, la quantité des boissons servies au verre, et le pays de provenance de la viande, de la volaille, du poisson et du pain. Elle doit aussi dire où trouver l’information sur les allergènes. Le reste peut se dire de vive voix, à condition que le personnel ait l’information par écrit.
Ce guide résume les textes en vigueur au 6 octobre 2026. Il ne remplace ni un avis juridique ni le contrôle de votre chimiste cantonal, qui reste l’autorité de référence pour votre établissement.
Les prix : en francs, tout compris
L’ordonnance sur l’indication des prix (OIP) s’applique aux restaurants, aux cafés, aux bars et aux hôtels (art. 10). Trois règles suffisent à la respecter.
Le prix affiché est le prix payé. Il est en francs suisses et comprend la TVA et le service (art. 10 al. 2). La mention « TVA comprise » n’est pas obligatoire, selon le SECO ; elle rassure, sans plus. Pour le pourboire, c’est simple : soit il est compris, soit il est chiffré. Écrire « pourboire non compris » sans montant est interdit (art. 12).
Les boissons ouvertes indiquent la quantité (art. 11 al. 3). Pour reprendre les exemples du SECO :
| Sur la carte | Pourquoi |
|---|---|
| Limonade 2 dl … 3.10 | boisson servie au verre : quantité obligatoire |
| Beaujolais 1 dl … 4.10 | vin au verre : quantité obligatoire |
| Espresso … 3.70 | boisson chaude : pas de quantité exigée |
| Mojito … 14.00 | cocktail : pas de quantité exigée |
Le plat du jour a un prix écrit. Le guide 2025 du SECO le dit sans détour : une simple information donnée de vive voix ne suffit pas. Un tableau noir, une ardoise, un écran ou la carte digitale font l’affaire.
Dernier point : la carte doit être à la portée des clients, ou leur être apportée sans qu’ils la demandent. Il n’existe pas d’obligation fédérale de l’afficher dehors, mais Genève l’impose pour les mets et les boissons sans alcool, sur la devanture ou à l’entrée.
La provenance de la viande, de la volaille et du poisson
C’est la mention que l’on oublie le plus souvent, et elle doit toujours être écrite (ODAlOUs art. 39 al. 2, OIDAl art. 5). Elle concerne :
- la viande de bœuf, de veau, de porc, de mouton, de chèvre et de cheval ;
- la volaille : poulet, dinde, canard, oie ;
- le poisson, entier, en filets ou en morceaux.
On indique le pays où l’animal a été élevé ou a passé la plus grande partie de sa vie. Pour un poisson pêché en mer, on indique la zone de pêche. Le code du pays suffit (« CH »), mais un petit drapeau seul ne suffit pas. Quelques lignes correctes :
- Entrecôte de bœuf (Suisse)
- Filets de perche (Estonie), frites
- Émincé de volaille (Suisse), riz
- Cabillaud rôti (Atlantique Nord-Est)
Selon l’interprétation de l’OSAV (lettre 2024/2), l’obligation couvre aussi l’émincé, l’escalope viennoise et les bâtonnets de poisson. Elle ne couvre pas la charcuterie, la saucisse, la viande hachée ni le jambon d’une pizza ; certains cantons sont plus stricts sur la viande hachée, et la déclarer quand même est le choix prudent. Le lapin, le gibier, les crustacés et les mollusques peuvent, eux, être renseignés oralement.
Le pain aussi
Depuis le 1er février 2025, le pays de production du pain et de la boulangerie fine doit être écrit (ODAlOUs art. 39 al. 2 let. d). Cela inclut le pain servi à table, les pains à burger et à sandwich, les croissants, les pizzas et les quiches. Une phrase groupée est admise :
Sauf indication contraire, tous nos produits de boulangerie sont fabriqués en Suisse.
Si un produit vient d’ailleurs, il est nommé à part, par exemple « Pains à burger : France ». Une formule floue comme « Suisse / Allemagne » n’est pas admise.
Les allergènes : écrits, ou disponibles sur demande
La loi suisse retient 14 allergènes : les céréales contenant du gluten, les crustacés, les œufs, les poissons, les arachides, le soja, le lait, les fruits à coque, le céleri, la moutarde, le sésame, les sulfites, le lupin et les mollusques (OIDAl, annexe 6).
Au restaurant, vous pouvez renseigner vos clients de vive voix, à deux conditions (OIDAl art. 5 al. 1 let. d) :
- une mention écrite et bien visible dit que l’information est disponible sur demande ;
- le personnel a cette information par écrit, ou une personne formée peut la donner tout de suite.
La phrase type de GastroSuisse : « Si vous êtes sujet à des allergies ou intolérances, nos collaborateurs vous informeront volontiers sur les ingrédients utilisés dans nos plats. » Les traces liées aux contaminations croisées n’ont pas à être signalées pour les plats servis au restaurant. Pour tout le détail, voir notre guide Allergènes au restaurant : la règle suisse et la bonne pratique.
Hormones, antibiotiques et méthodes douloureuses
Certaines viandes et certains œufs importés portent des mentions obligatoires, par écrit, y compris au restaurant (OAgrD art. 2 al. 2). Le plus souvent, on les place en note de bas de carte :
- Entrecôte de bœuf (USA)¹ ²
- ¹ Peut avoir été produite avec des stimulateurs de performance hormonaux.
- ² Peut avoir été produite avec des stimulateurs de performance non hormonaux, tels que les antibiotiques.
Pour les œufs importés de pays qui autorisent l’élevage en batterie, la mention est « Élevage en batteries non admis en Suisse ». Le bœuf de l’Union européenne et du Royaume-Uni n’est pas concerné.
Depuis le 1er juillet 2025, avec un délai de transition jusqu’au 30 juin 2027, une nouvelle mention s’y ajoute (ODAlOUs art. 39 al. 2 let. e). Un restaurant qui sert du foie gras doit indiquer par écrit « Issu d’oies gavées » ou « Issu de canards gavés ». Pour certains produits obtenus par des méthodes douloureuses sans anesthésie, comme des cuisses de grenouille, la mention est « Produit à l’aide de méthodes causant des douleurs, sans anesthésie préalable ».
La TVA : 8,1 % sur place, 2,6 % à l’emporter
Depuis le 1er janvier 2024, le taux normal est de 8,1 % et le taux réduit de 2,6 %. Un repas servi sur place relève du taux normal (LTVA art. 25 al. 3). Le même plat vendu à l’emporter peut bénéficier du taux réduit, si la vente à l’emporter est organisée à part, avec un justificatif distinct par exemple. Les boissons alcoolisées restent à 8,1 %, même à l’emporter.
Concrètement, sur un menu à CHF 20.–, la TVA représente 1.50 sur place, et 0.51 à l’emporter.
À surveiller : le 29 novembre 2026, le peuple vote sur une hausse de 0,4 point du taux normal, qui passerait à 8,5 %, pour financer la 13e rente AVS. Le taux réduit ne bouge pas. Selon l’OFAS, l’entrée en vigueur serait au plus tôt début 2028. En cas de changement, la carte peut être adaptée dans les trois mois (OIP art. 10 al. 3).
Dans quelle langue ?
Aucune règle n’impose la langue du lieu : une carte en français à Zurich est conforme. Par analogie avec les produits emballés, les mentions obligatoires doivent figurer dans au moins une langue officielle. Une carte uniquement en anglais est donc risquée : gardez au moins le français ou l’allemand, et ajoutez les autres langues à côté.
Et la carte digitale dans tout ça ?
La loi admet que l’information passe par « les outils de la technologie moderne », et l’OSAV cite les écrans parmi les supports possibles. En revanche, aucune autorité suisse ne s’est prononcée sur une carte disponible uniquement par QR code. Le bon réflexe :
- laissez la mention des allergènes sur un support physique, un chevalet de table ou la porte d’entrée ;
- gardez au comptoir un tableau écrit des allergènes par plat, pour le personnel ;
- prévoyez une carte imprimée pour le client sans smartphone.
Dans Mesero, chaque mention a sa place. La provenance s’écrit dans le nom du plat, la quantité à côté de la boisson, les allergènes sous chaque plat, et le plat du jour s’affiche avec son prix. Quand le pays de provenance de la perche change, vous le corrigez en un geste, sur toutes les tables à la fois.
Sources
- Ordonnance sur l'indication des prix (OIP), RS 942.211, art. 10 à 12
- SECO, FAQ sur l'indication des prix
- SECO, guide de l'indication des prix 2025
- Ordonnance sur les denrées alimentaires et les objets usuels (ODAlOUs), RS 817.02, art. 39
- Ordonnance du DFI concernant l'information sur les denrées alimentaires (OIDAl), RS 817.022.16, art. 5
- OSAV, Lettre d'information 2024/2 : provenance de la viande et du poisson
- OSAV, information sur les denrées alimentaires vendues en vrac
- Ordonnance sur la déclaration agricole (OAgrD), RS 916.51
- OSAV, FAQ sur la déclaration des méthodes de production (mai 2026)
- Administration fédérale des contributions, taux de la TVA
- Loi sur la TVA (LTVA), RS 641.20, art. 25
- OFAS, votation sur le financement de la 13e rente AVS